Unité & Diversité : une utopie ?

Les mots diversité et unité semblent contenir de trop grandes différences intrinsèques pour être harmonieusement unis dans une même phrase. Pourtant, il me semble que les événements que nous traversons nous appellent à faire précisément un travail pour retrouver une diversité enrichissante et une unité harmonieuse afin de ne pas tomber dans une unicité de courant de pensée restrictive et une dualité galopante.

Quel constat et quelles pistes explorer ?

  • Une dualité omniprésente

  • Un ou Un seul : confusion entre unité et unicité

  • Passer du OU au ET, un saut quantique

  • Cadres de références et vérité

  • L’estime de soi au service du collectif

  • Chercher à comprendre : le pouvoir de l’intention


Une dualité omniprésente

La dualité semble être la norme dans nos vies, dans notre société. Il est même facile de tomber dans une vision manichéenne tant tout est présenté sous l’angle du bien ou mal, du bon ou mauvais, de l’acceptable ou inacceptable etc. Cette tendance semble encore plus accentuée ces derniers mois et révèle des modes de fonctionnement habituels bien ancrés dans nos vies qui nous mènent à une réelle scission.


La crise sanitaire a divisé le pays (le monde). Si je pense que le virus est naturel, qu’il faut porter le masque et que le gouvernement fait de son mieux pour nous protéger, je suis alors en guerre contre ceux qui pensent que le virus a été manipulé par l’homme, que le masque est inutile et que le gouvernement a des fins totalitaires. Les uns pensent que les autres sont inconscients quand inversement ils les pensent naïfs. Et chacun cherche par tous les moyens soit à réveiller les consciences soit à faire rentrer dans le droit chemin ceux de l’autre camp.


La politique. Parler politique lors d’un repas entre amis ou en famille a la réputation d’être le meilleur moyen de transformer ce moment de partage en pugilat avec à la clé des amitiés qui se terminent et des relations familiales difficiles à rattraper… Les États-Uniens vivent ce clivage d’autant plus fortement avec cette période électorale. Les élections présidentielles, dans tous pays considérés comme démocratiques, sont toujours l’occasion de fortes oppositions. Quand on y regarde de plus près, et selon des experts en géopolitiques, les États-Unis risqueraient même un éclatement.


La liberté d’expression. Le sujet de la liberté d’expression est sur la table depuis plusieurs semaines ; ce qui peut être dit, ce qui peut être montré, ce qui peut être questionné... des sujets et événements qui génèrent de vives réactions et émotions et où chacun cherche à faire valoir son idée de la juste liberté d’expression ou de la juste censure, au nom du bien de tous.


Et puis… Il semble qu’aucun sujet n’échappe à la scission entre pour versus contre. Il est même surprenant de voir que des sujets qui devraient unir et amener plus d’acceptation finissent par diviser…


Un ou Un seul : Confusion entre unité et unicité

Toute personne qui a un point de vue s’estime être dans le vrai et il y a de fortes chances qu’elle soit sincère dans sa conviction de soutenir LE bon point de vue, LA bonne vision des choses.

“Elle a tort, c’est évident !”, s’exclame la personne qui n’est pas de son avis et qui oublie que son interlocuteur a ses raisons de penser ce qu’elle pense. C’est effectivement oublier qu’une opinion, un point de vue, trouve sa source à travers les filtres qui tamisent l’information. Selon mon entourage, ma famille, mon pays, mes expériences, les informations sur lesquelles je m’arrête confirment mon idée, sans même que j’entraperçoive celles qui pourraient la contredire. Voilà comment se construit un point de vue. On appelle ça aussi un cadre de référence. Personne n’aborde une information en étant entièrement neutre, vierge de tout préjugés ou idées préconçues.


Mais en quoi est-ce un problème ?

C’en est un seulement s’il devient insupportable qu’un cadre de référence différent du sien puisse exister. Cela devient un problème lorsqu’affirmer son point de vue, exposer ses idées devient source de conflit, génère de l’agressivité et de la violence. C’est même un grave problème lorsque toute voix contraire est étouffée.


L’unité est invoquée : s’unir pour une cause ou contre une cause, et la défendre (ou combattre) coûte que coûte. Les réseaux sociaux sont de magnifiques porte-voix. Chacun peut soutenir sa cause, chacun peut diffuser les informations qui portent crédit à sa cause, chacun peut s’unir à d’autres pour soutenir un point de vue. Je suis sincère dans ce qui je dis : c’est la beauté d’Internet et des réseaux sociaux que j’utilise moi-même.

Mais cette unité cache un “si” qui transforme unité en unicité. Nous pouvons être unis si et seulement si tu adoptes notre vision des choses. Avec cette démarche restrictive, il devient impossible de réunir diversité et unité. Pourtant, ne tombons pas dans ce piège : l’unicité de la vérité n’a jamais été gage d’unité. On glisse très vite dans la tyrannie d’une vision unique et imposée, dans une chasse aux sorcières des personnes aux idées divergentes, dans une propagande de l’unique vérité tolérée.


Passer du OU au ET, un saut quantique

J’aime cliquer sur les commentaires qui accompagnent un article, une info, une vidéo. Ne l’avez-vous jamais fait ? Sous une vidéo ayant pour sujet les élections américaines, je tombe sur cette phrase que vous traduis de l’anglais :

“Je suis Nigérian. Mais pourquoi vous haïssez-vous autant ? Vous ne votez même pas pour un politique mais pour la haine que vous vous vouez les uns aux autres. N’est-ce pas épuisant ?” (Nigerian here, but why do you guys hate each other so much, you don't even vote for policies, but for the hatred against the others. Isn't it exhausting.)


Quelle énergie passons-nous à attaquer l’autre pour défendre notre idée, notre point de vue, notre vérité ! Quel épuisement il en résulte ! Et pour quel résultat ?!

Et si cette épreuve que nous traversons tous, à l’échelle mondiale, était un révélateur, un catalyseur ? L’Homme a souvent besoin que les symptômes deviennent insupportables pour agir et œuvrer à retrouver l’équilibre. L’unicité d’opinion et de courant de pensée est un signal fort au même titre que la dualité aigüe qui mène à l’affrontement entre chaque camp.


Alors comment retrouver l’harmonie ? Comment rétablir un équilibre alors que les différences entre les personnes, les idées et les croyances sont si nombreuses ?


Cadres de références et vérité

Will Schutz, fondateur de l’Élément Humain, a établi deux conclusions au sujet des équipes après en avoir étudié le fonctionnement et les facteurs de performance durant de nombreuses années :

Ce qui empêche une équipe d’être performante, ce ne sont pas les différences mais les rigidités.
Une équipe performante est une équipe qui ose dire ses peurs et ses besoins et dont les membres refusent d’avoir raison a priori.

Ce n’est donc pas la diversité, les différences, les points de vue divergents qui empêchent un fonctionnement harmonieux entre les êtres, mais les rigidités, le fait de s’accrocher férocement à sa vérité et l’incapacité à imaginer que la vérité de l’autre puisse avoir sa place au même titre que la sienne. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut tout de suite se ranger de l’avis du premier venu mais de garder une souplesse quant à la vérité de l’autre, une tolérance à la différence qui peut-être modifiera quelque peu notre vérité, mais pas systématiquement.

J’accepte simplement que l’on puisse être différent sans en faire un différend.

Refuser d’avoir raison a priori, c’est se refuser à dire que ma vérité seule est valable, c’est se dire qu’a priori tout est envisageable : j’ai raison, j’ai tort, nous avons tous les deux raisons... C’est déjà avoir accepté qu’il n’existe pas qu’une seule vérité.


Dire ses peurs et ses besoins implique de prendre ses responsabilités quant à ses ressentis propres, ses propres craintes, ses besoins spécifiques (sans penser que tout le monde a les mêmes). Ainsi chacun dessine, en toute autonomie, le cercle identitaire qui le définit, non comme une bulle impénétrable et indéformable mais qui requiert la même souplesse qu’une cellule dans un corps, semblable aux autres tout en étant unique, résistante et flexible, qui a son but propre mais qui est inter-reliée à toutes les autres cellules du corps.


L’estime de soi au service du collectif

Will Schutz établit un lien très étroit entre estime de soi et performance collective, ce qui implique que le travail de connaissance de soi qui permettra de se définir et de s’affirmer avec assertivité sera toujours au bénéfice du collectif.


Lorsque vous vous aimez et avez une juste estime de vous-même, vous pouvez vous ouvrir aux autres sans crainte de vous perdre, sans peur d’être blessé, vous n’avez plus besoin de vous imposer par la force ni n’avez besoin d’une autorité extérieure pour guider vos choix, vous pouvez être humble et puissant. Lorsque vous avez conscience de votre propre valeur, vous avez conscience de la valeur des autres, de votre environnement, vous avez une estime naturelle des autres, si différents soient-ils.


Lorsque vous avez une juste estime de vous-même, vous ne cherchez plus à convaincre et imposer vos idées ; vous acceptez la différence comme une diversité enrichissante, vous cherchez à comprendre, et vous semez des graines de tolérance qui germeront, à l’abri de tout jugement.


Chercher à comprendre : le pouvoir de l’intention


Que ce soit pour la crise sanitaire, pour un sujet politique ou un sujet brûlant d’actualité qui enflamme toutes les susceptibilités, vous pouvez poser la question : “Qu’est-ce qui vous amène à penser cela ?”, avec l’intention sincère de vouloir comprendre.


Comprendre sans juger.

Comprendre sans chercher à faire changer d’avis.

Comprendre sans chercher à relever l’erreur.

Suspendre son jugement !

Comprendre pour intégrer.

Comprendre pour avoir une meilleure compréhension du point de vue de la personne, de son histoire, de ce qui l’a amenée à voir, retenir, croire, forger son opinion.

Compréhension selon l’étymologie du mot : préhension (prendre) avec (com-) – comme si vous vous saisissiez du sujet, au sens propre du terme, pour ressentir de votre propre main la consistance, la texture, les aspérités, la matière du sujet vu par l’autre.

Comprendre avec la lecture anglo-saxone du mot : understand, se tenir (stand) en-dessous (under), en position basse, à savoir ne pas chercher à prendre la position haute du sachant, mais écouter avec humilité.

Comprendre pour écouter vraiment.

Et comprendre pour partager vraiment, donner son point de vue et non imposer ses vues – je ne cherche pas à convaincre mais à expliquer ce que je crois.


L’intention est toute autre que d’entrer en guerre (con-vaincre) contre ceux qui pensent autrement. La dualité ne résiste pas à cette intention d’ouverture et de compréhension.



Je vous propose d’essayer quelque chose : la prochaine fois que vous vous apercevez que vous êtes en désaccord avec une personne, posez des questions : “Apparemment on n’a pas le même point de vue là-dessus. Mais je voudrais comprendre, explique-moi, qu’est-ce qui fait que tu en as tiré ces conclusions ?” Puis, “À mon tour, je voudrais t’expliquer ce que je crois ; je ne chercher pas à te convaincre mais à expliquer ce que je crois”.


Cette intention posée clairement ouvrira sûrement la conversation et lui fera prendre un tournant bien plus constructif. Bien-sûr, ça demande de la maitrise de soi et surtout, un bonne dose d’estime de soi pour ne pas tomber dans le jugement ou succomber à un éventuel agacement de la personne en face – elle n’a peut-être pas encore l’habitude d’une attitude d’ouverture face à un désaccord d’opinion.


Bien-sûr, si la personne ne manifeste aucun intérêt quant à votre point de vue, n’insistez pas. Votre tolérance aura semé une graine. Ne tirez pas dessus pour la faire pousser plus vite, ça ne servirait à rien. Mais votre tolérance en sera le terreau.


“Sois le changement que tu veux voir dans ce monde”. Gandhi

Si vous faites ça une fois, deux fois… et vous montrez à autant de personnes que c’est possible, et elles font ça aussi une fois, deux fois… et ainsi de suite. Le monde de demain se construit pas à pas. C’est comme ça qu’on grimpe une montagne, humblement, pas à pas.


Vous me direz ?

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